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Le Théorème de Marguerite

Télévision : dimanche 26 mai à 00:32-02:21 sur Canal +

film : comédie dramatique

L'avenir de Marguerite, brillante élève en mathématiques à l'Ecole normale supérieure, semble tout tracé. Seule fille de sa promotion, elle termine une thèse sur la conjecture de Goldbach qu'elle doit exposer devant un jury de chercheurs. Le jour J, un autre doctorant, Lucas Savelli, interrompt sa présentation. Il a trouvé une erreur dans les travaux de la jeune femme, qui invalide toutes ses conclusions. Contre l'avis de sa mère et de Laurent Werner, son directeur de thèse, Marguerite décide de tout abandonner. Embauchée comme vendeuse dans un magasin de chaussures, elle se découvre une passion et un don pour le mah-jong... - Critique : Elle porte des lunettes, et des pantoufles dans les couloirs de l’Ecole normale supérieure, parce qu’elle s’y sent chez elle, et que séduire est le dernier de ses problèmes. Brillante élève en mathématiques, Marguerite vit dans son monde de chiffres et de formules, et s’apprête à présenter sa thèse, prouvant, pour la première fois, la conjecture de Goldbach, devant un parterre de chercheurs. Une erreur, le manque de soutien de son maître de recherche (Jean-Pierre Darroussin), et voilà que la jeune femme sombre, semble renoncer à sa voie scientifique toute tracée… Mais les mathématiques, à ce niveau, sont une drogue dure. Une religion. Après De Grandes Espérances, de Sylvain Desclous, et La Voie royale de Frédéric Mermoud, tous deux centrés sur un personnage féminin hautement diplômé, c’est donc l’histoire de la passion d’une fille pour les équations. De celles qui régissent l’univers et pour lesquelles on peut mettre sa vie entre parenthèses, comme un artiste le ferait pour créer. Tout l’enjeu de la mise en scène repose sur le talent de la réalisatrice à rendre cinématographiques les mathématiques : Anna Novion enferme son héroïne entre les quatre murs d’une petite colocation dont elle recouvre chaque millimètre de formules à la beauté de hiéroglyphes, et l’on se dit que la fiévreuse chercheuse continuerait à écrire avec son sang si l’encre ou la craie venaient à manquer… Propos sans filtre et transes contagieuse Le pouvoir du calcul devient, aussi, fascinant grâce à une immersion dans le monde, un brin interlope et très cinégénique, des parties de mah-jong où Marguerite, là encore, est la seule femme, hébétant ses partenaires par son talent. De jolis personnages secondaires viennent réveiller le corps de cette cérébrale qui se fiche pas mal de l’image qu’elle renvoie : un jeune chercheur (Julien Frison, quel charme !) que les mathématiques n’éloignent pas du réel et une colocataire qui exulte grâce à la danse — Sonia Bonny, solaire… Alpha, oméga et epsilon du film, Ella Rumpf, repérée dans Grave de Julia Ducournau, impressionne. Démarche étrange, propos sans filtre et transes contagieuses, elle offre une séduction singulière à cette belle héroïne en inéquation…

Année : 2023

Avec : Ava Baya, Bonny Sonia, Clotilde Courau, Ella Rumpf, Esdras Registe, Gautier Boxebeld, Idir Azougli, Jean-Pierre Darroussin, Julien Frison, Karl Ruben Noel, Xiaoxing Cheng, de Camille

Hier
 

Le Théorème de Marguerite

Télévision : 24 mai à 10:10-11:59 sur Canal +

film : comédie dramatique

L'avenir de Marguerite, brillante élève en mathématiques à l'Ecole normale supérieure, semble tout tracé. Seule fille de sa promotion, elle termine une thèse sur la conjecture de Goldbach qu'elle doit exposer devant un jury de chercheurs. Le jour J, un autre doctorant, Lucas Savelli, interrompt sa présentation. Il a trouvé une erreur dans les travaux de la jeune femme, qui invalide toutes ses conclusions. Contre l'avis de sa mère et de Laurent Werner, son directeur de thèse, Marguerite décide de tout abandonner. Embauchée comme vendeuse dans un magasin de chaussures, elle se découvre une passion et un don pour le mah-jong... - Critique : Elle porte des lunettes, et des pantoufles dans les couloirs de l’Ecole normale supérieure, parce qu’elle s’y sent chez elle, et que séduire est le dernier de ses problèmes. Brillante élève en mathématiques, Marguerite vit dans son monde de chiffres et de formules, et s’apprête à présenter sa thèse, prouvant, pour la première fois, la conjecture de Goldbach, devant un parterre de chercheurs. Une erreur, le manque de soutien de son maître de recherche (Jean-Pierre Darroussin), et voilà que la jeune femme sombre, semble renoncer à sa voie scientifique toute tracée… Mais les mathématiques, à ce niveau, sont une drogue dure. Une religion. Après De Grandes Espérances, de Sylvain Desclous, et La Voie royale de Frédéric Mermoud, tous deux centrés sur un personnage féminin hautement diplômé, c’est donc l’histoire de la passion d’une fille pour les équations. De celles qui régissent l’univers et pour lesquelles on peut mettre sa vie entre parenthèses, comme un artiste le ferait pour créer. Tout l’enjeu de la mise en scène repose sur le talent de la réalisatrice à rendre cinématographiques les mathématiques : Anna Novion enferme son héroïne entre les quatre murs d’une petite colocation dont elle recouvre chaque millimètre de formules à la beauté de hiéroglyphes, et l’on se dit que la fiévreuse chercheuse continuerait à écrire avec son sang si l’encre ou la craie venaient à manquer… Propos sans filtre et transes contagieuse Le pouvoir du calcul devient, aussi, fascinant grâce à une immersion dans le monde, un brin interlope et très cinégénique, des parties de mah-jong où Marguerite, là encore, est la seule femme, hébétant ses partenaires par son talent. De jolis personnages secondaires viennent réveiller le corps de cette cérébrale qui se fiche pas mal de l’image qu’elle renvoie : un jeune chercheur (Julien Frison, quel charme !) que les mathématiques n’éloignent pas du réel et une colocataire qui exulte grâce à la danse — Sonia Bonny, solaire… Alpha, oméga et epsilon du film, Ella Rumpf, repérée dans Grave de Julia Ducournau, impressionne. Démarche étrange, propos sans filtre et transes contagieuses, elle offre une séduction singulière à cette belle héroïne en inéquation…

Année : 2023

Avec : Ava Baya, Bonny Sonia, Clotilde Courau, Ella Rumpf, Esdras Registe, Gautier Boxebeld, Idir Azougli, Jean-Pierre Darroussin, Julien Frison, Karl Ruben Noel, Xiaoxing Cheng, de Camille

Avant-hier
 

L'été dernier

Télévision : 23 mai à 16:37-18:18 sur Canal +

film : drame

Illustre avocate, Anne mène une vie paisible avec Pierre et leurs deux filles. Lorsque Théo, un adolescent rebelle de 17 ans et fils de Pierre né d'un précédent mariage, emménage chez eux, tout bascule. L'adolescent se rapproche d'Anne, avec laquelle il entame une liaison. L'avocate se laisse porter par la passion, sans penser aux terribles conséquences de ses actes. Tout s'accélère lorsque Théo dévoile cette relation à son père. Mise face à ses mensonges, Anne nie catégoriquement ces allégations, mettant en péril son mariage et sa famille... - Critique : Un monstre de froideur implacable, jusque dans le bleu abyssal de son regard. C’est la première image qu’on a d’Anne (Léa Drucker, impressionnante, créatrice d’inédit). Les yeux dans les yeux, elle interroge une jeune fille tremblante sur un ton inquisiteur. « Est-ce que tu avais bu de l’alcool ce soir-là ? Tu es sortie avec combien de garçons cette année ? Moins de dix, plus de dix ? Et tu as couché avec combien d’entre eux ? » On imagine une commissaire de police. Anne est en vérité une éminente avocate pénaliste et veut tout savoir de la jeune fille, victime d’un viol, qu’elle s’est engagée à défendre. Voilà toute sa dureté soudain relativisée. Voilà un retournement saisissant, le premier et non le dernier d’un film où l’ambivalence sera reine, jusqu’à la dernière minute. De manière cristalline, tendue. L’Été dernier tient en haleine comme un film à suspense. Sans meurtre mais avec la transgression d’un amour fou, scandaleux, qui frappe Anne et son beau-fils, Théo (Samuel Kircher, non loin du Tadzio de Mort à Venise), âgé de 17 ans. Celui-ci est un adonis indocile et un brin arrogant, qui vivait jusque-là chez sa mère. Après une incartade de trop, son père, mari d’Anne, a décidé de le ramener chez lui. Théo arrive dans cette grande maison, écrin idéal où Pierre et Anne, couple aisé, vivent avec leurs filles, joyeuses, vives, de 6 et 7 ans. Cette peinture du bonheur familial ne manque pas d’ironie. Il y a même des moments franchement cocasses, comme cette première scène de sexe, entre Pierre et Anne, où celle-ci s’épanche et s’excite en racontant un souvenir de dégoût, comme si elle était à table ou dans un salon. On pourrait se croire chez Chabrol. Sauf que le film, et c’est toute sa force, ne va jamais là où on l’attend. Balayant sociologie et psychologie, dépassant la morale du bien et du mal, Catherine Breillat parvient à combiner l’ironie avec le souffle a priori incompatible d’un romantisme étincelant. Ivresse amoureuse Élan, énergie électrique, vertige, commencent à émerger sur le Dirty Boots de Sonic Youth. Dans une lumière dorée de fin de journée, Anne, Théo et les filles s’en reviennent en décapotable d’une belle journée au lac, où ils se sont baignés. Anne et Théo se sont rapprochés. Est-elle attirée par son charme de jeune pâtre grec ? Bientôt ils s’embrassent et plus encore. Voilà Anne qui défaillit, rajeunit à vue d’œil, retrouve son éclat de jeune fille. C’est une alchimie intérieure que la cinéaste fait miraculeusement ressentir : celle de l’ivresse amoureuse qui, quel que soit l’âge où on la vit, nous ramène à l’état d’exaltation de l’adolescence et à ses sensations d’absolu. Des années séparent la blonde mûre en robe fourreau hitchcockienne et l’archange de la Renaissance et, pourtant, ils semblent avoir soudain le même âge. La réalisatrice de Romance et de Parfait Amour ! donne à leurs étreintes un cachet particulier. Les scènes de sexe ont toujours été pour elle un enjeu capital, sans être à coup sûr picturales – c’est lorsqu’elle a naguère sacrifié parfois son talent de peintre que son cinéma a pu s’affaiblir. Ici, sa mystique de l’amour, inspirée notamment du Caravage, s’exprime avec succès (bravo à Jeanne Lapoirie, sa cheffe opératrice) à travers un art du portrait. Les gros plans magnifient la carnation et ses variations, pâle, rose, nacrée. Grâce sans joliesse – avec bave, morve et larmes. Grâce violente de ces visages déformés, transfigurés par le plaisir. Avec ce point d’orgue : la tête renversée d’Anne, gorge offerte, yeux fermés, extase au bord de la stase, faisant d’elle une gisante sublime. L’attrait du gouffre n’est jamais loin. Un danger continu plane et prend une autre dimension dans le dernier tiers du film. Où la part de « monstruosité » d’Anne reprend le dessus, contre toute attente, et point à partir d’un long plan-séquence, silencieux, de basculement terrifiant. Il ne faut pas y voir une condamnation de l’héroïne. Celle-ci a ses raisons – en lien avec l’amour de raison, justement. Qui ne vaut pas mieux ni moins bien que la passion. Breillat ne juge pas. Si son film est une apologie certaine du désir, magnétique, irrépressible, il suggère aussi que toute passion est forcément mortifère. L’Été dernier galvanise et dérange, sans cesser d’échapper à toute vérité figée. Même le mari dans cette histoire est plus ambigu que son image réductrice de « normopathe », reproche que lui adresse un moment son épouse avec un sourire goguenard. On peut aimer le film pour des raisons diverses, en avoir des interprétations différentes, signe de profondeur. Aujourd’hui âgée de 75 ans, Catherine Breillat, qui a survécu, rappelons-le, à un AVC la laissant hémiplégique et qui fut sous l’emprise d’un escroc (comme elle l’a raconté dans Abus de faiblesse), nous offre un tel manifeste de vigueur amorale qu’il est difficile de ne pas être admiratif. La vie sexuelle de Catherine BDepuis son premier roman, écrit à 18 ans (L’Homme facile), et son premier long métrage (Une vraie jeune fille, 1976), Catherine Breillat a toujours défié la terre entière, en liant cérébralité et obsession sexuelle. Réfractaire à toute famille de pensée (y compris le féminisme, qu’elle soutient et discute à la fois), elle a construit une œuvre pleine d’aplomb, à nulle autre pareille (à redécouvrir jusqu’au 24 septembre dans le cadre d’une rétrospective à la Cinémathèque française). Murielle Joudet, critique de cinéma, l’a rencontrée pour un livre d’entretiens passionnant. Qui retrace toute sa carrière, passant au crible fin chacun de ses films (quinze en tout) et révélant la réalisatrice comme une guerrière d’une intelligence très souvent foudroyante, aux antipodes du prêt-à-penser conformiste. Sa mauvaise foi et son goût forcé du paradoxe peuvent agacer parfois. N’empêche. Sur l’amour, la sexualité, l’art et la violence, les acteurs, ce livre est une mine d’or qui se dévore.Je ne crois qu’en moi. Catherine Breillat. Entretien avec Murielle Joudet, éd. Capricci, 232 p., 17 €.

Année : 2023

Avec : Angela Chen, Clotilde Courau, Jean-Christophe Pilloix, Karim Achoui, Lila-Rose Gilberti, Léa Drucker, Nelia Da, Olivier Rabourdin, Romain Maricau, Romane Violeau, Samuel Kircher, Serena Hu

Avant-hier
 

L'été dernier

Télévision : 23 mai à 16:35-18:16 sur Canal +

film : drame

Illustre avocate, Anne mène une vie paisible avec Pierre et leurs deux filles. Lorsque Théo, un adolescent rebelle de 17 ans et fils de Pierre né d'un précédent mariage, emménage chez eux, tout bascule. L'adolescent se rapproche d'Anne, avec laquelle il entame une liaison. L'avocate se laisse porter par la passion, sans penser aux terribles conséquences de ses actes. Tout s'accélère lorsque Théo dévoile cette relation à son père. Mise face à ses mensonges, Anne nie catégoriquement ces allégations, mettant en péril son mariage et sa famille... - Critique : Un monstre de froideur implacable, jusque dans le bleu abyssal de son regard. C’est la première image qu’on a d’Anne (Léa Drucker, impressionnante, créatrice d’inédit). Les yeux dans les yeux, elle interroge une jeune fille tremblante sur un ton inquisiteur. « Est-ce que tu avais bu de l’alcool ce soir-là ? Tu es sortie avec combien de garçons cette année ? Moins de dix, plus de dix ? Et tu as couché avec combien d’entre eux ? » On imagine une commissaire de police. Anne est en vérité une éminente avocate pénaliste et veut tout savoir de la jeune fille, victime d’un viol, qu’elle s’est engagée à défendre. Voilà toute sa dureté soudain relativisée. Voilà un retournement saisissant, le premier et non le dernier d’un film où l’ambivalence sera reine, jusqu’à la dernière minute. De manière cristalline, tendue. L’Été dernier tient en haleine comme un film à suspense. Sans meurtre mais avec la transgression d’un amour fou, scandaleux, qui frappe Anne et son beau-fils, Théo (Samuel Kircher, non loin du Tadzio de Mort à Venise), âgé de 17 ans. Celui-ci est un adonis indocile et un brin arrogant, qui vivait jusque-là chez sa mère. Après une incartade de trop, son père, mari d’Anne, a décidé de le ramener chez lui. Théo arrive dans cette grande maison, écrin idéal où Pierre et Anne, couple aisé, vivent avec leurs filles, joyeuses, vives, de 6 et 7 ans. Cette peinture du bonheur familial ne manque pas d’ironie. Il y a même des moments franchement cocasses, comme cette première scène de sexe, entre Pierre et Anne, où celle-ci s’épanche et s’excite en racontant un souvenir de dégoût, comme si elle était à table ou dans un salon. On pourrait se croire chez Chabrol. Sauf que le film, et c’est toute sa force, ne va jamais là où on l’attend. Balayant sociologie et psychologie, dépassant la morale du bien et du mal, Catherine Breillat parvient à combiner l’ironie avec le souffle a priori incompatible d’un romantisme étincelant. Ivresse amoureuse Élan, énergie électrique, vertige, commencent à émerger sur le Dirty Boots de Sonic Youth. Dans une lumière dorée de fin de journée, Anne, Théo et les filles s’en reviennent en décapotable d’une belle journée au lac, où ils se sont baignés. Anne et Théo se sont rapprochés. Est-elle attirée par son charme de jeune pâtre grec ? Bientôt ils s’embrassent et plus encore. Voilà Anne qui défaillit, rajeunit à vue d’œil, retrouve son éclat de jeune fille. C’est une alchimie intérieure que la cinéaste fait miraculeusement ressentir : celle de l’ivresse amoureuse qui, quel que soit l’âge où on la vit, nous ramène à l’état d’exaltation de l’adolescence et à ses sensations d’absolu. Des années séparent la blonde mûre en robe fourreau hitchcockienne et l’archange de la Renaissance et, pourtant, ils semblent avoir soudain le même âge. La réalisatrice de Romance et de Parfait Amour ! donne à leurs étreintes un cachet particulier. Les scènes de sexe ont toujours été pour elle un enjeu capital, sans être à coup sûr picturales – c’est lorsqu’elle a naguère sacrifié parfois son talent de peintre que son cinéma a pu s’affaiblir. Ici, sa mystique de l’amour, inspirée notamment du Caravage, s’exprime avec succès (bravo à Jeanne Lapoirie, sa cheffe opératrice) à travers un art du portrait. Les gros plans magnifient la carnation et ses variations, pâle, rose, nacrée. Grâce sans joliesse – avec bave, morve et larmes. Grâce violente de ces visages déformés, transfigurés par le plaisir. Avec ce point d’orgue : la tête renversée d’Anne, gorge offerte, yeux fermés, extase au bord de la stase, faisant d’elle une gisante sublime. L’attrait du gouffre n’est jamais loin. Un danger continu plane et prend une autre dimension dans le dernier tiers du film. Où la part de « monstruosité » d’Anne reprend le dessus, contre toute attente, et point à partir d’un long plan-séquence, silencieux, de basculement terrifiant. Il ne faut pas y voir une condamnation de l’héroïne. Celle-ci a ses raisons – en lien avec l’amour de raison, justement. Qui ne vaut pas mieux ni moins bien que la passion. Breillat ne juge pas. Si son film est une apologie certaine du désir, magnétique, irrépressible, il suggère aussi que toute passion est forcément mortifère. L’Été dernier galvanise et dérange, sans cesser d’échapper à toute vérité figée. Même le mari dans cette histoire est plus ambigu que son image réductrice de « normopathe », reproche que lui adresse un moment son épouse avec un sourire goguenard. On peut aimer le film pour des raisons diverses, en avoir des interprétations différentes, signe de profondeur. Aujourd’hui âgée de 75 ans, Catherine Breillat, qui a survécu, rappelons-le, à un AVC la laissant hémiplégique et qui fut sous l’emprise d’un escroc (comme elle l’a raconté dans Abus de faiblesse), nous offre un tel manifeste de vigueur amorale qu’il est difficile de ne pas être admiratif. La vie sexuelle de Catherine BDepuis son premier roman, écrit à 18 ans (L’Homme facile), et son premier long métrage (Une vraie jeune fille, 1976), Catherine Breillat a toujours défié la terre entière, en liant cérébralité et obsession sexuelle. Réfractaire à toute famille de pensée (y compris le féminisme, qu’elle soutient et discute à la fois), elle a construit une œuvre pleine d’aplomb, à nulle autre pareille (à redécouvrir jusqu’au 24 septembre dans le cadre d’une rétrospective à la Cinémathèque française). Murielle Joudet, critique de cinéma, l’a rencontrée pour un livre d’entretiens passionnant. Qui retrace toute sa carrière, passant au crible fin chacun de ses films (quinze en tout) et révélant la réalisatrice comme une guerrière d’une intelligence très souvent foudroyante, aux antipodes du prêt-à-penser conformiste. Sa mauvaise foi et son goût forcé du paradoxe peuvent agacer parfois. N’empêche. Sur l’amour, la sexualité, l’art et la violence, les acteurs, ce livre est une mine d’or qui se dévore.Je ne crois qu’en moi. Catherine Breillat. Entretien avec Murielle Joudet, éd. Capricci, 232 p., 17 €.

Année : 2023

Avec : Angela Chen, Clotilde Courau, Jean-Christophe Pilloix, Karim Achoui, Lila-Rose Gilberti, Léa Drucker, Nelia Da, Olivier Rabourdin, Romain Maricau, Romane Violeau, Samuel Kircher, Serena Hu

Récemment en mai
 

Le Théorème de Marguerite

Télévision : 16 mai à 21:09-22:58 sur Canal +

film : comédie dramatique

L'avenir de Marguerite, brillante élève en mathématiques à l'Ecole normale supérieure, semble tout tracé. Seule fille de sa promotion, elle termine une thèse sur la conjecture de Goldbach qu'elle doit exposer devant un jury de chercheurs. Le jour J, un autre doctorant, Lucas Savelli, interrompt sa présentation. Il a trouvé une erreur dans les travaux de la jeune femme, qui invalide toutes ses conclusions. Contre l'avis de sa mère et de Laurent Werner, son directeur de thèse, Marguerite décide de tout abandonner. Embauchée comme vendeuse dans un magasin de chaussures, elle se découvre une passion et un don pour le mah-jong... - Critique : Elle porte des lunettes, et des pantoufles dans les couloirs de l’Ecole normale supérieure, parce qu’elle s’y sent chez elle, et que séduire est le dernier de ses problèmes. Brillante élève en mathématiques, Marguerite vit dans son monde de chiffres et de formules, et s’apprête à présenter sa thèse, prouvant, pour la première fois, la conjecture de Goldbach, devant un parterre de chercheurs. Une erreur, le manque de soutien de son maître de recherche (Jean-Pierre Darroussin), et voilà que la jeune femme sombre, semble renoncer à sa voie scientifique toute tracée… Mais les mathématiques, à ce niveau, sont une drogue dure. Une religion. Après De Grandes Espérances, de Sylvain Desclous, et La Voie royale de Frédéric Mermoud, tous deux centrés sur un personnage féminin hautement diplômé, c’est donc l’histoire de la passion d’une fille pour les équations. De celles qui régissent l’univers et pour lesquelles on peut mettre sa vie entre parenthèses, comme un artiste le ferait pour créer. Tout l’enjeu de la mise en scène repose sur le talent de la réalisatrice à rendre cinématographiques les mathématiques : Anna Novion enferme son héroïne entre les quatre murs d’une petite colocation dont elle recouvre chaque millimètre de formules à la beauté de hiéroglyphes, et l’on se dit que la fiévreuse chercheuse continuerait à écrire avec son sang si l’encre ou la craie venaient à manquer… Propos sans filtre et transes contagieuse Le pouvoir du calcul devient, aussi, fascinant grâce à une immersion dans le monde, un brin interlope et très cinégénique, des parties de mah-jong où Marguerite, là encore, est la seule femme, hébétant ses partenaires par son talent. De jolis personnages secondaires viennent réveiller le corps de cette cérébrale qui se fiche pas mal de l’image qu’elle renvoie : un jeune chercheur (Julien Frison, quel charme !) que les mathématiques n’éloignent pas du réel et une colocataire qui exulte grâce à la danse — Sonia Bonny, solaire… Alpha, oméga et epsilon du film, Ella Rumpf, repérée dans Grave de Julia Ducournau, impressionne. Démarche étrange, propos sans filtre et transes contagieuses, elle offre une séduction singulière à cette belle héroïne en inéquation…

Année : 2023

Avec : Ava Baya, Bonny Sonia, Clotilde Courau, Ella Rumpf, Esdras Registe, Gautier Boxebeld, Idir Azougli, Jean-Pierre Darroussin, Julien Frison, Karl Ruben Noel, Xiaoxing Cheng, de Camille

Récemment en mai
 

L'été dernier

Télévision : 15 mai à 02:42-04:23 sur Canal +

film : drame

Illustre avocate, Anne mène une vie paisible avec Pierre et leurs deux filles. Lorsque Théo, un adolescent rebelle de 17 ans et fils de Pierre né d'un précédent mariage, emménage chez eux, tout bascule. L'adolescent se rapproche d'Anne, avec laquelle il entame une liaison. L'avocate se laisse porter par la passion, sans penser aux terribles conséquences de ses actes. Tout s'accélère lorsque Théo dévoile cette relation à son père. Mise face à ses mensonges, Anne nie catégoriquement ces allégations, mettant en péril son mariage et sa famille... - Critique : Un monstre de froideur implacable, jusque dans le bleu abyssal de son regard. C’est la première image qu’on a d’Anne (Léa Drucker, impressionnante, créatrice d’inédit). Les yeux dans les yeux, elle interroge une jeune fille tremblante sur un ton inquisiteur. « Est-ce que tu avais bu de l’alcool ce soir-là ? Tu es sortie avec combien de garçons cette année ? Moins de dix, plus de dix ? Et tu as couché avec combien d’entre eux ? » On imagine une commissaire de police. Anne est en vérité une éminente avocate pénaliste et veut tout savoir de la jeune fille, victime d’un viol, qu’elle s’est engagée à défendre. Voilà toute sa dureté soudain relativisée. Voilà un retournement saisissant, le premier et non le dernier d’un film où l’ambivalence sera reine, jusqu’à la dernière minute. De manière cristalline, tendue. L’Été dernier tient en haleine comme un film à suspense. Sans meurtre mais avec la transgression d’un amour fou, scandaleux, qui frappe Anne et son beau-fils, Théo (Samuel Kircher, non loin du Tadzio de Mort à Venise), âgé de 17 ans. Celui-ci est un adonis indocile et un brin arrogant, qui vivait jusque-là chez sa mère. Après une incartade de trop, son père, mari d’Anne, a décidé de le ramener chez lui. Théo arrive dans cette grande maison, écrin idéal où Pierre et Anne, couple aisé, vivent avec leurs filles, joyeuses, vives, de 6 et 7 ans. Cette peinture du bonheur familial ne manque pas d’ironie. Il y a même des moments franchement cocasses, comme cette première scène de sexe, entre Pierre et Anne, où celle-ci s’épanche et s’excite en racontant un souvenir de dégoût, comme si elle était à table ou dans un salon. On pourrait se croire chez Chabrol. Sauf que le film, et c’est toute sa force, ne va jamais là où on l’attend. Balayant sociologie et psychologie, dépassant la morale du bien et du mal, Catherine Breillat parvient à combiner l’ironie avec le souffle a priori incompatible d’un romantisme étincelant. Ivresse amoureuse Élan, énergie électrique, vertige, commencent à émerger sur le Dirty Boots de Sonic Youth. Dans une lumière dorée de fin de journée, Anne, Théo et les filles s’en reviennent en décapotable d’une belle journée au lac, où ils se sont baignés. Anne et Théo se sont rapprochés. Est-elle attirée par son charme de jeune pâtre grec ? Bientôt ils s’embrassent et plus encore. Voilà Anne qui défaillit, rajeunit à vue d’œil, retrouve son éclat de jeune fille. C’est une alchimie intérieure que la cinéaste fait miraculeusement ressentir : celle de l’ivresse amoureuse qui, quel que soit l’âge où on la vit, nous ramène à l’état d’exaltation de l’adolescence et à ses sensations d’absolu. Des années séparent la blonde mûre en robe fourreau hitchcockienne et l’archange de la Renaissance et, pourtant, ils semblent avoir soudain le même âge. La réalisatrice de Romance et de Parfait Amour ! donne à leurs étreintes un cachet particulier. Les scènes de sexe ont toujours été pour elle un enjeu capital, sans être à coup sûr picturales – c’est lorsqu’elle a naguère sacrifié parfois son talent de peintre que son cinéma a pu s’affaiblir. Ici, sa mystique de l’amour, inspirée notamment du Caravage, s’exprime avec succès (bravo à Jeanne Lapoirie, sa cheffe opératrice) à travers un art du portrait. Les gros plans magnifient la carnation et ses variations, pâle, rose, nacrée. Grâce sans joliesse – avec bave, morve et larmes. Grâce violente de ces visages déformés, transfigurés par le plaisir. Avec ce point d’orgue : la tête renversée d’Anne, gorge offerte, yeux fermés, extase au bord de la stase, faisant d’elle une gisante sublime. L’attrait du gouffre n’est jamais loin. Un danger continu plane et prend une autre dimension dans le dernier tiers du film. Où la part de « monstruosité » d’Anne reprend le dessus, contre toute attente, et point à partir d’un long plan-séquence, silencieux, de basculement terrifiant. Il ne faut pas y voir une condamnation de l’héroïne. Celle-ci a ses raisons – en lien avec l’amour de raison, justement. Qui ne vaut pas mieux ni moins bien que la passion. Breillat ne juge pas. Si son film est une apologie certaine du désir, magnétique, irrépressible, il suggère aussi que toute passion est forcément mortifère. L’Été dernier galvanise et dérange, sans cesser d’échapper à toute vérité figée. Même le mari dans cette histoire est plus ambigu que son image réductrice de « normopathe », reproche que lui adresse un moment son épouse avec un sourire goguenard. On peut aimer le film pour des raisons diverses, en avoir des interprétations différentes, signe de profondeur. Aujourd’hui âgée de 75 ans, Catherine Breillat, qui a survécu, rappelons-le, à un AVC la laissant hémiplégique et qui fut sous l’emprise d’un escroc (comme elle l’a raconté dans Abus de faiblesse), nous offre un tel manifeste de vigueur amorale qu’il est difficile de ne pas être admiratif. La vie sexuelle de Catherine BDepuis son premier roman, écrit à 18 ans (L’Homme facile), et son premier long métrage (Une vraie jeune fille, 1976), Catherine Breillat a toujours défié la terre entière, en liant cérébralité et obsession sexuelle. Réfractaire à toute famille de pensée (y compris le féminisme, qu’elle soutient et discute à la fois), elle a construit une œuvre pleine d’aplomb, à nulle autre pareille (à redécouvrir jusqu’au 24 septembre dans le cadre d’une rétrospective à la Cinémathèque française). Murielle Joudet, critique de cinéma, l’a rencontrée pour un livre d’entretiens passionnant. Qui retrace toute sa carrière, passant au crible fin chacun de ses films (quinze en tout) et révélant la réalisatrice comme une guerrière d’une intelligence très souvent foudroyante, aux antipodes du prêt-à-penser conformiste. Sa mauvaise foi et son goût forcé du paradoxe peuvent agacer parfois. N’empêche. Sur l’amour, la sexualité, l’art et la violence, les acteurs, ce livre est une mine d’or qui se dévore.Je ne crois qu’en moi. Catherine Breillat. Entretien avec Murielle Joudet, éd. Capricci, 232 p., 17 €.

Année : 2023

Avec : Angela Chen, Clotilde Courau, Jean-Christophe Pilloix, Karim Achoui, Lila-Rose Gilberti, Léa Drucker, Nelia Da, Olivier Rabourdin, Romain Maricau, Romane Violeau, Samuel Kircher, Serena Hu

Récemment en avril
 

L'Été dernier - Blu-ray

DVD/Blu-ray : 2 avril

Editeur : Pyramide Vidéo

Année : 2023

De : Catherine Breillat

Avec : Léa Drucker, Samuel Kircher, Olivier Rabourdin, Clotilde Courau, Serena Hu, Angela Chen, Romain Maricau, Nelia Da Costa

Récemment en mars
 

Le Théorème de Marguerite - Blu-ray

DVD/Blu-ray : 5 mars

Editeur : Pyramide Vidéo

Année : 2023

De : Anna Novion

Avec : Ella Rumpf, Jean-Pierre Darroussin, Clotilde Courau, Julien Frison, Sonia Bonny, Xiaoxing Cheng, Idir Azougli, Camille de Sablet

Récemment en mars
 

Le Théorème de Marguerite - DVD

DVD/Blu-ray : 5 mars

Editeur : Pyramide Vidéo

Année : 2023

De : Anna Novion

Avec : Ella Rumpf, Jean-Pierre Darroussin, Clotilde Courau, Julien Frison, Sonia Bonny, Xiaoxing Cheng, Idir Azougli, Camille de Sablet

Récemment en mars
 

Une fille facile

Netflix : 1er mars

Naïma a 16 ans et vit à Cannes. Alors qu'elle se donne l'été pour choisir ce qu'elle veut faire dans la vie, sa cousine Sofia, au mode de vie attirant, vient passer les vacances avec elle. Ensemble, elles vont vivre un été inoubliable.

De : Rebecca Zlotowski

Avec : Mina Farid, Zahia Dehar, Benoît Magimel, Nuno Lopes, Clotilde Courau, Lakdhar Dridi, Loubna Abidar

Récemment en février
 

Nouveau départ - DVD

DVD/Blu-ray : 7 février

Editeur : Orange Studio

Année : 2023

De : Philippe Lefebvre

Avec : Franck Dubosc, Karin Viard, Clotilde Courau, Youssef Hajdi, Tom Leeb, Clémentine Baert, Bérengère Krief, Louise Orry-Diquéro

Récemment en février
 

L'Été dernier - DVD

DVD/Blu-ray : 6 février

Editeur : Pyramide Vidéo

Année : 2023

De : Catherine Breillat

Avec : Léa Drucker, Samuel Kircher, Olivier Rabourdin, Clotilde Courau, Serena Hu, Angela Chen, Romain Maricau, Nelia Da Costa